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Le Bouche à Oreille

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VIOLENCE EN CUISINE COUVREZ CE SCANDALE QUE JE NE SAURAIS VOIR!

Diantre! Une fois encore, voici le petit monde de la gastronomie au centre des préoccupations journalistiques… mais cette fois-ci et à leur grand dam, nos philanthropes de la casserole ne sont pas du bon côté du manche. Pourtant, ce récent tohu-bohu culinaire impliquant le nouveau restaurant bordelais de Joël Robuchon ne devrait pas surprendre ceux qui ne travaillent pas avec un col bleu-blanc-rouge en guise d’œillère. En effet, comment explique-t-on que nos génies de la recette et leurs équipes de conseillers en communication dignes des politiciens les moins plaisants ne l’aient pas vu venir? Alors même que depuis des mois le sujet délicat de la violence en cuisine (aussi vieux que le métier de cuisiner lui-même) mijote dans quelques rédactions?

Cette « sale affaire Robuchon » comme l’appellent certains démarre pourtant véritablement voilà presque un an lorsque le chef 3 étoiles Frédéric Anton –lui aussi formé aux méthodes Robuchon– s’est retrouvé au cœur d’une affaire très similaire de laquelle il s’est déterré par une pirouette de haut vol en rejetant entièrement la faute sur son chef de partie (licencié peu après), et en promettant qu’on ne l’y prendrait plus. Il s’ensuivit immédiatement des tables rondes organisées notamment par le site Atabula, où furent conviés de nombreux grands chefs, y compris Thierry Marx dont on comprend maintenant qu’il préparait probablement déjà son livre « l’homme positif » dont il fait la promotion au moment où j’écris ses lignes sur le thème des nouvelles formes de management (comprenez anglo-saxonnes) incluant, entre autres, le respect des employés!

Contrairement à Thierry Marx qui a fait amende honorable, Robuchon et son mini-empire du « Collège Culinaire de France » contre-attaquent en portant plainte pour diffamation! En diffusant sur les réseaux sociaux des clichés de ses cuisines tout sourire… ce qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de la Pravda! Et en se fendant d’un communiqué ubuesque par l’intermédiaire d’Alain Ducasse dans lequel on apprend qu’il met en cause la déontologie des journalistes avides de sensations et mettant leurs organes de presse à la portée de n’importe quels mécontents. On apprend ainsi de la bouche raffinée d’Alain Ducasse que le harcèlement physique et psychologique, les longues heures (non payées) sans pause et sans repas relèvent du simple mécontentement!

Le multi-étoilé monégasque va plus loin en assimilant la cuisine à un sport de haut niveau! Pourtant, comme il aime à le rappeler au micro des « bons journalistes » (ceux acceptant de lui passer la pommade), la haute gastronomie a malgré tout plus de points communs avec le monde de la haute couture: de grands « artistes créateurs » travaillant dans des maisons de luxe avec les mêmes conditions de travail pour les « petites mains » dans ces deux branches. Et développant des produits pour l’industrie fabriqués dans des usines par des esclaves modernes qui sont aussi certainement tous les mécontents de quelques-uns!

Bref, au vu des quelques déclarations et surtout des nombreux silences des grands chefs, nous avons tous compris qu’il n’y avait rien à gouter sous la marmite et qu’il valait mieux refermer le couvercle afin de ne pas éclabousser la blancheur immaculée de la gastronomie française toute entière. R.R.www.le-bouche-a-oreille.com

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