Alcool et hypertension : un cocktail menaçant

Alors que la France a l’un des budgets les plus faibles d’Europe en matière de prévention contre les méfaits de l’alcool, un rappel de leurs conséquences n’est jamais de trop, surtout quand ils sont méconnus : l’alcool est en effet une des causes de l’hypertension. Pour que l’alcool reste un vrai plaisir, voici quelques conseils « à votre santé »… sans pour autant la faire trinquer ! Culture et dépendances

Alors que 5 millions de français souffrent physiquement ou psychologiquement des excès liés à l’alcool, l’abus de boisson est en cause dans la mort de 45 000 personnes par an, dont une large majorité masculine (38 000 hommes). L’alcool reste en effet souvent lié à l’expression de la virilité : tout comme la cigarette, il donne à ceux qui tiennent leur verre à la main le sentiment d’une plus grande prestance. Utilisé aussi pour se relaxer ou se désinhiber, l’alcool fait également partie d’une tradition nationale séculaire face à laquelle titubent tous les messages de prévention.

L’attachement culturel qu’on y porte et les plaisirs que procurent les boissons alcoolisées font souvent sous-estimer les dangers liés à sa consommation. Un exemple édifiant est donné par cette enquête récente démontrant que la majorité des français pensent que les personnes en danger sont celles qui consomment plus de 8 verres quotidiennement.
Or, la réalité est tout autre ! Au delà de 2 verres par jour pour les femmes et 3 pour les hommes, l’alcool devient toxique pour notre organisme.

Le dépassement régulier de cette norme provoque un panaché d’effets indésirables tels qu’une dépendance physique et mentale, des troubles cardiovasculaires et coronariens, des maladies du foie (la cirrhose), des cancers des voies aérodigestives (la bouche, l’œsophage, le pharynx et le larynx) alors que la relation entre l’alcool et le cancer du sein est aujourd’hui considérée comme probable.

Une consommation modérée pour des bienfaits immodérés

Si le danger de l’alcool naît dans l’abus, on prête à une consommation modérée quelques vertus. Le vin possède effectivement une grande concentration de polyphénols dont les antioxydants peuvent ralentir le vieillissement de l’organisme. Ainsi, les études montrent que 2 ou 3 verres quotidiens participent à la protection de notre cœur et de nos vaisseaux contre les maladies coronaires et cardiovasculaires.

L’alcool agit sur les lipides, favorise une bonne coagulation sanguine et augmente le taux du « bon cholestérol », celui qui nettoie les artères. Ceci ne veut bien sûr pas dire que quelqu’un qui ne boit pas, doit désormais s’y mettre !

MYTHES ET RÉALITÉ…

– L’alcool ne réchauffe pas. Au contraire, il fait baisser la température d’un demi degré tout les quatre verres.
– L’alcool ne désaltère pas mais déshydrate car on élimine plus. La déshydratation est une des causes des « gueules de bois ».
– La nourriture n’élimine pas l’alcool plus rapidement (les aliments sont digérés alors que l’alcool passe directement dans le sang). À chaque verre, c’est une heure de plus avant de retrouver tous nos moyens.
– Le degré d’alcool ne se dilue pas dans l’eau ou les jus de fruits. Un verre : c’est en moyenne 13 g d’alcool dans le sang.
– L’alcool fait grossir. Un verre de vin correspond à 100 calories, soit 5 morceaux de sucre. Or le surpoids est un autre facteur de risque d’hypertension.
– Les femmes sont plus sensibles et éliminent plus lentement l’alcool.

Pas fait pour les jeunes

Ces bénéfices en reviennent surtout aux personnes âgées puisque c’est au moment où augmentent les risques liés au vieillissement de l’organisme qu’agissent les effets protecteurs des polyphénols de l’alcool. De plus, pour que ces bienfaits se manifestent, il est préférable de consommer les boissons alcoolisées au cours des repas, toujours de façon modérée et régulière (boire 7 verres le dimanche n’a pas du tout les mêmes répercussions que 7 verres en une semaine !).
Votre pharmacien vous rappellera toujours que si une consommation raisonnable est bonne pour la santé, un abus provoque systématiquement l’effet inverse : or l’alcool tue aujourd’hui bien plus de monde qu’il n’en sauve !

D’autant plus que le piège peut se refermer très vite : certaines industries proposent, notamment au jeune public, des boissons sucrées plus ou moins effervescentes qui « cachent » l’alcool et qui sont faciles à boire : une dépendance peut donc subvenir un peu plus tard…

La promotion des bénéfices de l’alcool est donc délicate car elle offre surtout une justification supplémentaire à ceux qui boivent déjà sans vraiment en donner l’envie à ceux qui n’y ont pas goût.

Circulez, y a rien à boire !

L’excès de boisson est aussi à l’origine de la moitié des accidents mortels de la route : l’atteinte du système nerveux entraîne une diminution de la vigilance, une perte du contrôle de soi et une euphorie qui font prendre des risques inconsidérés. Avec une alcoolémie de 0,80 g/l (environ 6 verres) la distance de freinage augmente de 14 mètres, soit la longueur d’un bus.

L’alcool a donc des conséquences sur la circulation routière tout comme il en a sur la circulation du sang dans votre organisme, autrement dit sur votre tension artérielle.

Le système cardiovasculaire du corps humain
– composé du cœur, des veines et des artères
– est fragilisé par l’excès d’alcool : le lien est désormais établi entre une consommation d’alcool excessive et l’hypertension.

Décryptage d’un système

Sous l’influence du cœur qui agit comme une pompe, la pression artérielle s’exerce en deux phases :
D’abord le cœur se contracte et permet le déploiement du sang à travers tout le corps. Appelée pression systolique, c’est à ce moment là que l’oxygène est apportée à tout l’organisme et que la tension est la plus intense. C’est donc cette pression systolique que mesure votre médecin au moment où le garrot provoqué par le brassard se desserre.
Puis la seconde phase, dite pression diastolique, où le cœur se décontracte pour permettre aux cavités cardiaques de se remplir à nouveau. La pression diastolique s’exerce entre chaque pulsation.

L’hypertension se manifeste quand la pression subie par les parois des veines et des artères est trop intense lors du passage du sang. Cette forte pression artérielle fatigue plus rapidement le cœur et provoque à long terme le rétrécissement des artères (par l’épaississement) tout en accélérant leur vieillissement.

En période de stress, la tension augmente naturellement mais chez les personnes hypertendues celle-ci reste constamment élevée. Un traitement est alors indispensable car les risques sont importants : l’organisme est en effet plus exposé aux crises cardiaques, aux attaques cérébrales, aux angines de poitrine, à l’insuffisance cardiaque ou encore à des troubles de la vision (pouvant aller jusqu’à la perte totale de la vue).

La fréquence de l’hypertension artérielle augmente régulièrement avec l’âge et touche une personne sur deux âgées de plus de 80 ans. Mais le rôle important de l’alcool et de l’obésité fait que cette maladie est de plus en plus fréquente même chez les plus jeunes.

La boisson est en fait le troisième facteur d’hypertension derrière l’âge et le poids. Suivent ensuite le tabac et une mauvaise hygiène de vie (manque d’exercice physique et alimentation trop riche en sel).

Une maladie sournoise

Malheureusement l’hypertension est difficile à déceler car elle est asymptomatique (voir l’encadré). Généralement c’est au cours d’une visite de routine chez le médecin que l’on découvre le mal : il est donc nécessaire de faire mesurer sa tension artérielle régulièrement (au moins une fois par an) pour obtenir un traitement rapide en cas de nécessité.

Si une hypertension est déclarée, il est recommandé de suivre et de contrôler par vous-même votre tension chaque semaine : notez les valeurs obtenues et faites en part à votre médecin. Votre pharmacien vous conseillera dans le choix et l’utilisation d’un autotensiomètre à domicile fiable.
Les mesures à domicile effectuées dans les règles (régulièrement, aux mêmes heures, avant la prise de médicaments et dans le calme, après cinq minutes de repos) permettent de rendre le traitement plus efficace et d’éviter « le syndrome de la blouse blanche » (une anxiété qui gagne certains patients à l’entrée du cabinet, augmentant le taux d’adrénaline et par conséquent celui de la tension).

Seul le médecin peut déterminer un éventuel traitement à suivre. Pris sous forme de médicament générique, celui-ci vous permettra de contribuer à la pérennisation du système de santé national tout en bénéficiant de la même qualité de soins (avec souvent des innovations et la certitude de toujours trouver la même molécule dans les différents pays). Mais la médication n’est pas forcément nécessaire pour combattre l’hypertension, parfois l’adoption d’une meilleure hygiène de vie suffit à réduire la tension. Il faut alors réviser ses habitudes alimentaires, sa consommation de tabac et d’alcool.

Jamais trop tard pour bien faire

Et en ces temps de fête où les occasions de prendre un verre se multiplient, les effets de la boisson sur la tension artérielle ne sont donc pas à négliger. Pour les grands buveurs (plus de trois verres par jour) qui souffrent d’hypertension, les effets de l’alcool sont heureusement réversibles puisqu’une baisse de la consommation permet de la réduire au bout de quatre à six semaines en moyenne. La baisse ou l’arrêt de la consommation d’alcool est donc recommandée car elle permet une réduction non négligeable des risques d’accidents vasculaires cardiaques ou cérébraux.

Les études montrent aussi que la baisse du chiffre est la plus significative chez les personnes ayant une très haute tension au départ et chez ceux qui ont réduit le plus leur consommation d’alcool. Autant dire que ces constatations valent bien un petit effort dans la maîtrise de la consommation d’alcool des personnes hypertendues. et de celles qui ne veulent pas le devenir !

DÉCOUVRIR SON HYPERTENSION

L’hypertension est généralement asymptomatique, c’est-à-dire sans symptôme particulier. Cependant certaines situations doivent vous mettre en alerte :

– maux de tête accompagnés de fatigue,
– palpitations.
– bourdonnements d’oreilles,
– vertiges,
– saignements de nez,
– confusion ou somnolence,
– fourmillements dans les mains ou les pieds.

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